BURNOUT : ce mal qui consume à petit feu

Classé dans : newsletter | 0

Les estimations comptent entre 30.000 (Institut National de Veille Sanitaire) et 3 millions (Technologia) de personnes à risque de burnout, un trouble dont nous entendons de plus en plus parler dans le monde professionnel. Et pour cause, souvent confondu (à tort) avec la dépression, le burnout est un épuisement extrême principalement lié au travail pouvant mener à l’effondrement. Le Burnout peut se compliquer d’une dépression.

Le Burnout ne concerne que les « faibles » et les « incompétents » ?

Contrairement aux idées reçues, les personnes qui peuvent souffrir de burnout sont souvent parmi celles qui travaillent le plus, s’investissent le plus, font preuve d’un grand engagement. Loin des clichés de « faiblesse » et d’ « incompétence », une personne à risque fait preuve d’hyperactivité et de perfectionnisme dans certains cas, demandant à elle-même plus que ce que ses ressources propres peuvent humainement supporter. Le surinvestissement au travail devient une drogue pour ainsi dire, l’état de l’individu étant caractérisé par la libération d’hormones et de neurotransmetteurs qui peuvent être essentiellement assimilés à des drogues et ont des effets addictifs similaires. Tout ceci se traduit in fine par un état d’épuisement émotionnel et physique extrême.

Les individus à risque se trouvent souvent soumis à une pression constante pour faire plus et plus vite ! L’hyper-connexion de notre monde actuel n’aidant pas, l’individu est sollicité partout et tout le temps, brouillant ainsi les frontières entre temps professionnel et temps personnel. D’autres facteurs de risque s’ajoutent à cela : surcharge de travail, conflits, harcèlement, situations humiliantes, manque de communication, niveau d’autonomie réduit, responsabilités non clairement définies, règles du jeu floues ou inexistantes, changements incessants ou contradictoires, promesses non tenues de la part des hiérarchies, dissonance cognitive, absence de sens et d’enjeu explicite, conditions d’urgence, etc.

Quels sont les marqueurs d’un Burnout ?

Marqué par des difficultés intellectuelles telles que des difficultés à se concentrer, à mémoriser, à prendre des décisions (même les plus simples), etc. le burnout laisse également son empreinte sur tous les autres niveaux d’énergie.

Au niveau physique, l’individu s’épuise, n’arrive pas à (bien) dormir, commence à souffrir de plusieurs maux (fatigue permanente, rhumes fréquents, vertiges, crampes, allergies, maux de dos, douleurs cervicales, diverses douleurs musculaires, migraines, céphalées de tension, etc.). Soumis à un stress prolongé, le corps refuse finalement de suivre, marquant un shut-down complet et soudain dans les cas les plus sévères (cas de mort subite due à la surcharge de travail, appelés « karoshi » en japonais).

D’un point de vue émotionnel, l’individu perd confiance en lui-même et en ses capacités à assurer ses fonctions, ressent une profonde insatisfaction au travail, expérimente un sentiment d’injustice, d’harcèlement et de persécution en voyant que tous les efforts qu’on sollicite continuellement de lui ne sont pas reconnus et ne sont pas récompensés (trahissant à répétition les promesses faites). L’angoisse et le découragement deviennent omniprésents, jusqu’à ce que la personne se résigne et ne soit plus capable d’exprimer ou ressentir la moindre émotion. Des cas sévères ont mené à des suicide ou tentatives de suicide.

Le niveau spirituel n’est pas en reste ; l’individu en proie au burnout souffre de ne plus pouvoir trouver un sens à ses actions, son travail, sa vie. En effet, selon une étude menée aux universités de Zurich et Leipzig et publiée par la revue Frontiers in Psychology, la principale cause d’épuisement et de stress émotionnel chronique pouvant mener au burnout serait un emploi qui ne correspond pas à l’individu et qui ne répond pas à ses besoins inconscients, notamment en termes d’affiliation (interactions avec d’autres membres d’un système) ou en termes de pouvoir (responsabilités au sein d’un système).

Tout cela s’accompagne bien entendu de troubles comportementaux et difficultés interpersonnelles : en reléguant au second plan sa vie privée et sociale au profit de sa vie professionnelle, l’individu s’isole, s’éloigne de son cercle familial et d’amis, réduit ses loisirs et ses activités sportives. A mesure que le stress et les tâches s’accumulent, il devient irritable et agressif, se replie sur lui-même et adopte une attitude pessimiste, voire même cynique.

Burnout et maladies professionnelles ?

Véritable souffrance qui peut toucher beaucoup de monde au travail, le burnout n’est malheureusement pas reconnu comme une maladie, encore moins comme une maladie professionnelle. La nouvelle loi du travail pourrait même en accroître le risque (augmentation des seuils horaires hebdomadaires, licenciements facilités dans certains cas, etc.). En parallèle, la question du burnout s’est même invitée au sénat français avant d’être rejetée (pour le moment ?). Les efforts se poursuivent toutefois afin de reconnaître et inscrire l’épuisement professionnel au tableau des maladies professionnelles.

Le diagnostic de burnout reste en effet complexe à poser au vu de ses marqueurs non spécifiques et de son aspect multifactoriel. Au-delà de la reconnaissance et la conscience par l’employeur de la gravité et des risques du burnout, un des principaux challenges reste le silence des victimes. En effet, si certains sont dans le déni ou n’arrivent pas à mettre un nom sur le mal qui les consume, d’autres préfèrent tout simplement le taire, peut-être de peur d’être stigmatisés au travail et à la maison, d’être encore plus isolés qu’ils ne le sont déjà ou encore de perdre leur emploi suite à des arrêts de travail prolongés (souvent indispensables, l’éloignement des sources de stress étant capital) ou encore à une inaptitude à faire face à leurs obligations professionnelles. D’autres n’osent tout simplement pas s’avouer  « vaincus », s’acharnant au travail, pour et contre les autres, et surtout contre leurs propres limites.

Si une prise en charge appropriée des victimes est capitale, la prévention des cas de burnout reste une priorité et la responsabilité de tous au travail. Si vous sentez les signes d’un burnout (pour vous ou dans votre entourage), parlez-en avec votre médecin de travail ou toute autre professionnel qualifié et habilité à prendre en charge ce type de situation ! Tentez d’instaurer le dialogue et mettez des mots sur les évènements et les émotions ressenties.

Vous souhaitez en savoir plus sur comment identifier et maîtriser les risques psychosociaux au sein de vos équipes et organisations ? N’hésitez pas à nous contacter !